Les passerelles piétonnes et cyclables Jules & Jim rétablissent la liaison entre les villes historiques de Mantes-la-Jolie et de Limay, de part et d’autre de la Seine, interrompue depuis la destruction du pont médiéval en 1940.
Réalisé pour SMSO, en partenariat avec la Région Île-de-France, le projet s’inscrit dans une stratégie plus large en faveur des mobilités durables, tout en renforçant les liens entre le fleuve, le paysage environnant et les centres urbains historiques.
Plutôt que de reconstruire l’ancien pont, le projet propose deux franchissements contemporains qui réinterprètent le tracé historique tout en préservant le patrimoine culturel et naturel exceptionnel du site. Ensemble, ils forment un itinéraire piéton et cyclable continu reliant espaces publics, parcs et sites culturels de part et d’autre de la Seine.
Le parti architectural se caractérise par sa sobriété et sa précision, chaque passerelle apportant une réponse spécifique à son contexte historique.
Jules, longue de 202 mètres et reliant Mantes-la-Jolie à l’Île aux Dames, est conçue comme un ouvrage contemporain autonome. Ses élégants arcs en acier s’écartent du Pont Neuf voisin, donnant à la passerelle l’impression de glisser au-dessus du fleuve tout en préservant des vues dégagées sur le paysage historique. Cette première partie du projet a été livrée en 2019.
Le tablier s’élargit ponctuellement pour former de généreux belvédères et espaces de repos, transformant la traversée en une promenade publique offrant des vues panoramiques sur la Seine, l’île boisée et la silhouette urbaine de Mantes.
Jim, à l’inverse, franchit la section disparue du pont médiéval entre l’Île aux Dames et Limay. Plutôt que de reconstruire les arches en maçonnerie disparues, elle établit une liaison légère et résolument contemporaine entre les vestiges historiques conservés.
L’intervention écarte délibérément toute imitation, préservant ainsi la lisibilité et l’authenticité du monument protégé, tout en rétablissant avec discrétion la continuité d’un franchissement qui structure la vallée de la Seine depuis près de mille ans.
Si les deux passerelles partagent un même langage architectural fondé sur la finesse de la construction métallique, elles reposent sur des principes structurels distincts.
Jules repose sur un système léger en acier composé de poutres-caissons trapézoïdales effilées supportant des consoles en T en porte-à-faux. Dans la mesure du possible, le tablier prend appui sur les piles en maçonnerie existantes du Pont Neuf du XVIIIe siècle, limitant ainsi les interventions dans le lit du fleuve et réduisant sensiblement l’impact environnemental de l’ouvrage, tout en s’adaptant aux différentes largeurs nécessaires aux piétons, aux cyclistes et aux belvédères.
Jim, en revanche, est conçue comme une intervention minimale au sein de la structure médiévale. De fines poutres en acier franchissent les espaces entre les maçonneries historiques conservées et portent un tablier léger associant acier, bois et caillebotis métallique.
Les garde-corps en maille d’acier inoxydable, l’éclairage LED intégré et le soin apporté aux détails d’assemblage renforcent la légèreté, la durabilité et la transparence des passerelles, tout en garantissant leur pérennité et un entretien limité.
Au-delà du rétablissement d’une liaison physique disparue, le projet renoue avec un lieu d’une exceptionnelle portée culturelle.
Le franchissement occupe le site du pont médiéval immortalisé par Camille Corot et rendu célèbre par le film Jules et Jim de François Truffaut.
En associant ingénierie contemporaine et respect attentif de l’histoire, le projet instaure un dialogue entre patrimoine et innovation. Il crée une infrastructure publique résiliente qui reconnecte non seulement les deux rives, mais aussi les différentes strates de l’histoire, du paysage et de la vie urbaine quotidienne.