DETAIL Award, Innovation Steel 2009
Footbridge Award, catégorie Aesthetics 2008
EUMies Award, nomination 2007
European Steel Design Award 2007
ZT Award
Équerre d’Argent, Prix spécial 2006
Une et multiple, par Jean-Paul Robert
La passerelle Simone de Beauvoir semble flotter dans l’air, portée par son propre élan, ne tenant qu’à sa propre audace. Sa grâce tient à sa légèreté physique, son élégance à l’apparente simplicité de sa mise en œuvre technique. Elle constitue un événement en soi : ceux qui l’empruntent semblent moins mus par la nécessité de franchir le fleuve que par le plaisir d’être là, de contempler la Seine, le passage du temps et le paysage nouveau qu’elle révèle et ordonne. Sans elle, le fleuve et ses abords paraîtraient aujourd’hui incomplets.
Elle est une et multiple, composée d’ondes qui lui donnent un rythme syncopé. Elle franchit les voies sur berges de part et d’autre — sur la rive droite, une étendue chaotique ; sur la rive gauche, une avenue plus ordonnée, située en contrebas des marches menant à la Bibliothèque nationale. Elle s’appuie sur les rives, détendue et ouverte d’un côté, contrainte de l’autre, avant son envol symétrique, libérée de ses points de départ asymétriques.
Sur ses 194 mètres, une arche et une poutre se croisent dans les airs, au-dessus de l’eau, reliant chacune les deux niveaux des deux rives : en partie haute, l’esplanade de la Bibliothèque nationale et la terrasse du jardin ; en partie basse, les deux quais. Des rampes et des escaliers conduisent vers les berges. Le dessin de la passerelle s’impose avec évidence et la pureté de ses lignes demeure sans surcharge. À mesure que l’on s’en approche, l’amplitude de ses arcs se révèle. Elle évoque un pont de cordes, une douce montagne russe invitant les piétons à franchir le fleuve.
On la sent vibrer. Elle est souple plutôt que rigide et, si l’on s’arrête en son centre, elle semble frémir sous les pas. Son concepteur, Dietmar Feichtinger, voulait en faire un être vivant. Au-delà de son style propre, de la justesse de son architecture, de la pertinence de son implantation et de la parfaite maîtrise de sa conception — ou peut-être grâce à l’ensemble de ces qualités — elle offre une véritable leçon de philosophie, invitant le regard à l’apprécier comme une œuvre d’art plutôt que comme une prouesse d’ingénierie.
La passerelle est un point d’équilibre. Non seulement parce qu’elle relie, de manière évidente, deux rives et deux quartiers jusqu’alors séparés, ni parce qu’elle propose de nouveaux itinéraires, mais parce qu’elle instaure un équilibre. Un équilibre non pas statique, figé ou achevé, mais dynamique, en constante variation selon les charges, les vents et la température. Son équilibre élastique et flexible n’est pas le résultat d’un ordre imposé, gouverné par des contraintes exigeant des moyens excessifs pour la maintenir en place en cas d’accumulation des charges. Plutôt qu’un chêne, contraint et rigide, elle est un roseau, libre, fluide et réactif.
Si la passerelle emploie peu de matière, les éléments qui la composent s’assistent mutuellement : la traction compense la compression, le moment équilibre la torsion. La parfaite solidarité des éléments, le partage des efforts et des contraintes, donnent à voir une manière de s’adapter au monde, à ses difficultés et à ses adversités. La passerelle donne forme physique aux flux qui ont présidé à sa conception et s’apparente à un mouvement ondulatoire suspendu. Aucun effet de dessin, aucun détail redondant. Les éléments métalliques sont soudés entre eux ; rien n’est boulonné à la structure, à l’exception du platelage en chêne. La passerelle est nue, vide. Aucun banc, aucun mât d’éclairage ne vient l’encombrer. Elle est un lieu de promenade, un espace où laisser l’imagination se déployer. Elle court, s’arrête, rebondit et s’envole. Ses syncopes sont celles du temps, celles de la respiration relâchée du funambule avant son exploit, lorsque la concentration et le lâcher-prise conjurent tout danger.
Architecte mandataire : Dietmar Feichtinger Architectes
Ingénieurs : RFR
Charpente métallique : Eiffel Constructions
Cotraitant charpente métallique : Joseph Paris SA
Cotraitant fondations spéciales : Soletanche Bachy
Études dynamiques en phase exécution : Setac
Essais dynamiques en phase exécution : CSTB
Contrôleur : Setra
Essais en soufflerie, essais aérodynamiques : PSP Aachen, Dr. Hortmanns
Métallerie — garde-corps, tour d’ascenseur : SNST
Éclairage électrique : Forclum
Ascenseurs : Etna Fapel
Platelage bois : CM Leduc
Peinture : Borifer
Transport : Sarens
Pièces moulées : Outreau